Guerre à la guerre


 La guerre et le colonialisme sont intimement liés, Guy de Maupassant extraordinaire auteur de nouvelles a pris la plume pour dénoncer en 1883 le fléau de la guerre à partir du conflit provoqué par la France qui voulait conquérir le Tonkin, état vassal de la Chine des Quing, C’est la face noire de la IIIème République , Jules Ferry versus colonialiste.


   Dans cet article Maupassant  à partir de ce conflit dénonce toutes les guerres. A vous d’en juger : « Quand j’entends prononcer ce mot : la guerre, il me vient un effarement comme si on me parlait de sorcellerie, d’inquisition, d’une chose lointaine, finie, abominable, monstrueuse, contre nature » , et encore : « Une ville chinoise nous fait envie : nous allons pour la prendre massacrer cinquante mille Chinois et faire égorger dix mille Français ».


  ll attaque le cœur de la justification de la guerre en citant un grand massacreur.   L’éloge de la guerre fait par le feld-maréchal Moltke vainqueur de la France en 1870 :  « La guerre est sainte, d’institution divine; c’est une des lois sacrées du monde ; elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments, l’honneur, le désintéressement, la vertu , le courage et les empêche en un mot de tomber dans le plus hideux matérialisme » . Il n’y a pas de meilleure illustration de la barbarie des États qui se disent civilisés.


   Voici la réponse prémonitoire de Maupassant à ce propos aberrant :  « Eh bien, oui, puisque les gouvernements prennent ainsi le droit de mort sur les peuples, il n’y a rien d’étonnant à ce que les peuples prennent parfois le droit de mort sur les gouvernements ...Ils se défendent. Ils ont raison. Personne n'a le droit absolu de gouverner les autres ». 


   Je ne peux que lui laisser la conclusion et vous donner l’envie de lire son article en entier*  : « Les hommes de guerre sont des fléaux du monde. Nous luttons contre la nature, l'ignorance, contre les obstacles de toute sorte, pour rendre moins dure notre misérable vie. Des hommes, des bienfaiteurs, des savants, usent leur existence à travailler à ce qui peut aider, ce qui peut secourir, ce qui peut soulager leurs frères. Ils vont, acharnés, à leur besogne utile, entassant les découvertes, agrandissant l'esprit humain, élargissant la science, donnant chaque jour à l'intelligence une somme de savoir nouveau, donnant chaque jour à leur patrie du bien-être, de l'aisance, de la force. La guerre arrive. En six mois, les généraux ont détruit vingt ans d'efforts, de patience et de génie. 


                                                                         Bernard Ray

 

* La Guerre (Maupassant) Gil Blas 17/ juillet 1883 . L’article complet figure sur le blog de la LP 81 : http://lp81.over-blog.com/

 


" Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage ! " (Jean JAURES)