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Les nouveaux poilus

       Cela faisait plusieurs mois qu’il alertait les citoyens européens concernant les risques et les conséquences de la guerre. Jean JAURES fût assassiné le 31 juillet 1914. Dès le 1er août les députés votèrent la guerre dans une union nationale. Même les députés de la SFIO (sauf 2) appelaient alors à l’union sacrée. Après une boucherie qui causa des millions de morts, Jean JAURES est devenu un héros national.

 

       Un siècle plus tard, le docteur chinois Li Wenliang alertait les autorités chinoises quant au danger d’un nouveau coronavirus. Le 30 décembre, il avait adressé un message à des collègues en leur conseillant de se protéger avec masques et combinaison. Les responsables politiques chinois, peu enclin à la transparence, appliquèrent la censure, le menacèrent. On lui avait ordonné de signer une lettre reconnaissant qu’il avait fait “des commentaires erronés” et avait “fortement perturbé l’ordre social”. Le 07 février 2020, ce médecin décédait. Terrassé par le coronavirus. Le peuple chinois le considérant aujourd’hui comme un héros national.

 

       Quelques soient les époques, les lanceurs d’alertes dérangent. Difficile de s’opposer aux États qui sont au service du Capitalisme, parti communiste chinois compris.

 

       La problématique des masques se posait déjà en 1915, lorsque les allemands utilisèrent à grande échelle les gaz mortels tel le chlore. Les généraux furent surpris et dépassés. Les poilus retranchés, subirent des pertes importantes par manque de masques.

 

       Les poilus, aujourd’hui, sont les personnels hospitaliers, les salariés de la grande distribution, les agents des services publics qui assurent notre quotidien tels les aides à domiciles, les facteurs, les éboueurs …. Ils sont en première ligne, sur le front.

 

       Ces derniers n’ont pas les salaires de ces haut-fonctionnaires, ces nouveaux généraux formatés à la pensée unique de l’E.N.A qui sont eux, bien retranchés dans leurs bureaux. Les Nivelle, Foch, Pétain, formatés à l’école de guerre, soit disant la meilleure d’Europe, furent surpris par l’offensive allemande de 1914 au point que le Général Gallieni réquisitionne les taxis de la Marne les 6, 7 et 8 septembre 1914 pour acheminer les soldats afin de détruire les avant-gardes ennemies.

 

       Aujourd’hui, ceux qui détruisent l’hôpital public, depuis plusieurs décennies, en imposant une gestion selon leur dogme néo-libéral (la loi du marché avant tout) réquisitionnent les stocks de masques disponibles (1). Le gouvernement est également confronté à la problématique logistique du transport afin d’acheminer ce matériel.

 

       Comme les généraux assassins d’hier, les technocrates actuellement en poste nous disaient encore il y a quelques semaines, par médias interposés, que se protéger le visage était inutile. Une distance de sécurité d’un mètre était la bonne pratique et suffisamment efficace.

 

Pourquoi ce parallèle entre la guerre 14-18 et ce que nous vivons au temps présent ?

 

Tout simplement parce que le Président de la République nous informe que nous sommes en guerre et qu’à ce titre il en appelle à l’union nationale. Pour ma part, Macron n’est pas MON Président. Il est celui des banques et des multinationales. En 2017, lors de l’élection présidentielle, je n’ai pas fait le choix entre Macron et Le Pen, entre le virus du Capital et celui du fascisme. Entre la peste et le choléra. Il n’est donc pas question que je participe à une union sacrée pour soutenir un serviteur du Capital et de l’Union Européenne qui, depuis plusieurs décennies (avec l’aide des partis démocrates et socialistes) détruisent les services publics afin de les assujettir aux lois du marché.

 

Comme les socialistes auparavant, Macron semble aimer les guerres. Être le chef suprême. Combien nous coûtent ces guerres que nous menons actuellement au Mali, au Niger et autres pays africains ? Guerres contre le terrorisme que nous ne gagnerons jamais (selon les propos du chef d’état major des armées devant la commission parlementaire de défense) et qui représentent des milliards d’€uros. Argent qui manque cruellement aux hôpitaux publics.

 

Considérer le pays en guerre est surtout un stratagème et une formule de communication afin de ne pas assumer sa ou ses responsabilités. La preuve étant que Macron et son gouvernement s’appuient sur un conseil scientifique mis en place très rapidement (avec un choix de personnalités scientifiques qui interroge nombre de leurs pairs). Le responsable demain, sera ce conseil qui disait hier que les masques étaient inutiles et dira qu’ils seront obligatoires au mois de mai prochain lors du dé-confinement.

 

        Macron se réjouit que les français, par solidarité, applaudissent nos poilus chaque soir aux fenêtres pour leurs rendre hommage….. Quelle ironie !

 

       Félicitations à tous ceux qui sont sur leurs balcons aujourd’hui et qui n’étaient probablement pas dans les manifs pour soutenir ces nouveaux héros qui hier se battaient pour sauver l’hôpital et leurs retraites et se faisaient molester par la police. Ces mêmes policiers, contents de se faire soigner aujourd’hui par nos poilus hospitaliers. Pour moi l’union nationale passe par la révolte citoyenne, dans la rue (et non sur un balcon) afin que cesse la destruction de nos acquis sociaux et des services publics. Union nationale pour mettre fin à cette Union Européenne anti-sociale qui fait preuve aujourd’hui de son inefficacité et qui demain, sera encore au service du Capital pour relancer l’économie et faire oublier son impuissance lors de chaque crise.

 

 

Le patronat d’hier sera le même demain. Petite expérience d’une vie quotidienne.

       Mes poilus sont celles et ceux qui travaillent dans une grande surface du sud toulousain, proche de chez moi. L’Intermarché de Muret Nord plus exactement.

 

       Avant cette fameuse crise sanitaire, je m’y rendais deux fois par semaine et avait le plaisir de côtoyer le personnel. Actuellement, en raison du confinement, ma fréquentation est d’une visite hebdomadaire.

 

       Au début de la crise, les rayons de ce magasin étaient dévalisés quotidiennement. Pâtes, farine, papier toilette..... Bref le comportement irrationnel et égoïste de nos concitoyens ne changera jamais, quelles que soient les crises. Macron (et sa guerre) n’a pas arrangé la situation. Il a donc fallu mettre en place une régulation. Nous n’en sommes pas encore aux tickets de rationnement. Heureusement !

 

 


       Cette crise sanitaire ravit le patron de cette grande surface. Le chiffre d’affaire explose. Communication oblige, cette superbe affiche dans le magasin.

 

       Monsieur le patron remercie « ses 85 salariés de faire le choix de continuer à travailler ».

 

       Lorsque l’on discute avec le personnel et que je demande si la question de travailler (ou pas) avait été posée. La réponse est négative.

 

       Faire le choix de travailler (sans protection) lors de cette crise sanitaire alors que la direction n’a jamais interrogé son personnel.Cherchez l’erreur !

 

       Confinement annoncé le 16 mars par le gouvernement, 50 masques sont alors arrivés le 25 mars pour 85 employés. Cherchez l’erreur !

 

       Poilus de 14-18 ou poilus de 2020, même mépris !

 

De la chair à canon hier, de la chair à virus aujourd’hui.

 

       Ce magasin est en sous effectif permanent et le personnel est toujours sous pression pour en faire plus, pour le même salaire. Le SMIC.

 

       La bonne volonté des salariés (et aussi la peur de perdre son emploi pour les CDD) permet à ce patron (tendance esclavagiste) de profiter de deux semaines de vacances par mois. En cette période de confinement, il ne peut plus voyager le bougre. Sa présence se remarque donc dans le magasin.

 

       J’ai appris qu’il avait été infecté. Pas par le coronavirus mais par une fibre sociale (légère, très légère l’infection). Afin de maintenir ce chiffre d’affaire exceptionnel, qui par conséquence met encore plus les salariés sous pression, un jus d’orange est dorénavant proposé au personnel tous les matins, pour entretenir l’outil de travail bien entendu. Merci patron !

 

       A savoir que ces salariés sont toujours serviables. Ils enrichissent un individu qui généralement les méprise me dit on ! Macron propose une prime de 1 000,00 € à ces poilus qui sont sur le front tous les jours. Chiche !

 

       Je vous tiendrai informé. Nous verrons bien après cette crise si le patronat partagera ses bénéfices et ses dividendes.

 

       Quant à l’après crise, certains me disent que plus rien ne sera comme avant. Même Macron joue la fibre sociale (« limite » communiste). Nous pouvons toujours demander aux catholiques de sonner les cloches, comme ils l’ont fait dernièrement pour faire fuir le virus, vu qu’actuellement nous ne pouvons même plus aller à Lourdes pour bénéficier d’un miracle.

 

       Pendant ce temps, la macronie continue d’agir. Lois restrictives pour nos libertés. Loi pour le déploiement d’antennes téléphoniques (2), Lois qui permettent de faire sauter tous les verrous du code du travail pour l’après crise. L’Union Européenne n’est pas en reste.

 

       Signature d’un accord de libre échange avec le Vietnam (3).

       Ouverture de l’U.E à la Macédoine et autres pays des Balkans occidentaux. La continuité quoi !

 

 

Les chefs d’hier et ceux d’aujourd’hui sont les mêmes !

 

       En 1914, le gouvernement avait donné les pleins pouvoirs aux généraux. En 1917, lors de l’assaut du plateau du chemin des dames, reconnu imprenable, Nivelle envoyait à la mort des milliers de braves types. Ces poilus pour lesquels il avait peu de considération. Les pertes obligatoires disait il.

 

       En 2020 les hauts fonctionnaires tels Martin Hirsch ou Jérôme SALOMON, au pouvoir hier dans le cabinet de Marisol Touraine (4) qui ont « tué » l’hôpital public sont aujourd’hui aux commandes afin de régler cette crise sanitaire. Entre bataille d’égo parmi les scientifiques et incompétence de ces généraux technocrates, combien de poilus vont ils rester sur le carreau ?

 

       Les Sarkozy, Juppé, Fillon, Hollande, Valls, Philippe, Macron ont mené des politiques de réduction de la fonction publique sans tenir compte des cris d’alarme et de détresse des poilus qui sont sur le front. S’il y a bien des réductions qui s’imposent, ce sont celles des généraux, haut-fonctionnaires et autres communicants surpayés et incompétents qui coûtent chers aux contribuables et à la République. Ce ne sont certainement pas les postes de ceux qui sont aujourd’hui en première ligne. Cela s’appelle la lutte des classes !

 

Bertrand BARERE

 

Libre Penseur

 

(1) https://www.mediapart.fr/journal/france/020420/masques-les-preuves-d-un-mensonge-d-etat?page_article=1

 

(2) https://www.robindestoits.org/Coronavirus-telephonie-mobile-et-ordonnances-communique-de-presse-Alerte-Phone-Gate-CRIIREM-Robin-des-Toits_a2888.html

 

(3) https://www.europarl.europa.eu/news/fr/headlines/economy/20200131STO71518/le-parlement-europeen-approuve-l-accord-commercial-ue-vietnam

 

(4) https://web.archive.org/web/20130804031031/http://www.social-sante.gouv.fr/le-ministere,149/les-ministres,656/marisol-touraine,1930/cabinet-de-marisol-touraine,14747.html

 

 

 

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